Le Binge drinking, définit comme une alcoolisation paroxystique intermittente s’est imposé en force dans le milieu étudiant ces dix dernières années. Consommation préférentiellement masculine jusqu’aux années 2000, les femmes s’en sont plus récemment accaparé et homogénéisent leur comportement à celui des garçons(1). Elles sont néanmoins plus vulnérables à la neurotoxicité de l’alcool et présentent des altérations cognitives (mémoire, impulsivité) plus marquées (2, 3, 4).
Afin de comprendre ces évolutions récentes d’un phénomène prégnant chez les adolescents et jeunes adultes, notre étude présente un double objectif :
1. Une meilleure caractérisation des consommateurs et des facteurs associés au binge drinking.
2. Une analyse longitudinale des capacités cognitives associées à la consommation d’alcool.
1 101 étudiants (670 F et 430 H – âge moyen de 20,5 ans) ont été recrutés via les réseaux sociaux ou affichages au sein des établissements universitaires (UPJV, URCA) et sont invités à répondre à l’Alcohol Use Questionnaire. Ils sont répertoriés en 3 catégories de consommateurs, social drinkers (SD), buveurs intermédiaires (BI) ou binge drinkers (BD), déterminés selon la vitesse de consommation, la fréquence des ivresses dans les 6 derniers mois et le pourcentage des alcoolisations menant à l’ivresse.
Un échantillon de 87 étudiants (43F, 44 H), appartenant aux 3 groupes et sélectionnés selon des critères d’âge, de genre et de consommation, est ensuite soumis à un ensemble de tâches cognitives (impulsivité, mémoire), de questionnaires subjectifs d’humeur, de personnalité et de mode de vie.
Ces mêmes étudiants sont rappelés 12 à 15 mois plus tard pour une nouvelle évaluation cognitive.
Analyse des facteurs de personnalité, consommations associées et mode de vie
Chez les femmes, le score de binge est significativement corrélé
• à une consommation accrue de cigarettes, de cannabis et à une plus grande variété de drogues consommées.
• au score de dépression du BDI, au score d’agressivité physique et au score d’impulsivité de l’échelle de Barrat.
• Elles sont protégées par la proximité des parents.
Les hommes associent leur consommations aux sorties festives dans un but de socialisation. Leur consommation est influencée par les consommations au sein de la fratrie.
Analyse longitudinale des capacités cognitives.
L’évolution longitudinale montre une diminution significative des capacités cognitives chez les garçons dans un test de mémoire de travail et de mise en place d’une stratégie.
L’évolution des consommations montre une augmentation des scores d’AUDIT uniquement chez les jeunes hommes.
Si les consommations ont tendance à s’homogénéiser d’un point de vue quantitatif chez les jeunes bingers hommes et femmes, nos résultats montrent l’importance de tenir compte de l’effet genre dans la définition du binge drinking afin d’optimiser l’analyse des facteurs associés et des conséquences.


1. Baromètre santé 2014, INPES ;

2. Scaife, J. C., & Duka, T. (2009). Behavioural measures of frontal lobe function in a population of young social drinkers with binge drinking pattern. Pharmacology Biochemistry and Behavior, 93(3), 354-362.;

3. Squeglia, L. M., Sorg, S. F., Schweinsburg, A. D., Wetherill, R. R., Pulido, C., & Tapert, S. F. (2012). Binge drinking differentially affects adolescent male and female brain morphometry. Psychopharmacology, 220(3), 529-539.;

4. Parada, M., Corral, M., Mota, N., Crego, A., Holguín, S. R., & Cadaveira, F. (2012). Executive functioning and alcohol binge drinking in university students.Addictive behaviors, 37(2), 167-172..

5. Russell, J. A., & Mehrabian, A. (1978). Approach-avoidance and affiliation as functions of the emotion-eliciting quality of an environment. Environment and Behavior, 10(3), 355-387.


Auteur principal
Judith ANDRÉ
Groupe de Recherche sur l’alcool et les pharmacodépendances
INSERM ERI 24, Amiens
judith.andre@u-picardie.fr