Objectif : Décrire les caractéristiques d’une population d’usagers de drogues injecteurs ainsi que le profil de ceux ayant des pratiques à haut risque pour le VIH et VHC. Evaluer l’impact d’une intervention communautaire pilote sur l’accès aux soins et la prise en charge.
Méthode : La méthode RDS (Respondent Driven Sampling) a été utilisée en communauté pour recruter un échantillon d’usagers de drogues injecteurs (UDI) dont les caractéristiques socio-démographiques, médicales, l’usage de drogues et les pratiques à risques ont été évalués par des entretiens en face à face. Des tests urinaires (détection de substances) et sanguins (sérologie pour le VIH, VHB et VHC) ont également été effectués. Une cohorte d’UDI a été suivie pendant 12 mois (suivi sérologique, usage de drogues, caractéristiques cliniques). Une analyse en cluster a été conduite pour identifier le profil des UDI présentant les conduites les plus à risques. Différentes associations d’auto-support (usagers de drogues, travailleurs du sexe, homme ayant des relations
sexuelles avec les hommes), intégrées dans le dispositif de recherche, ont fourni tout au long des 12 mois une aide au recrutement et à l’orientation vers les soins (méthadone et antirétroviraux) ainsi que des interventions spécifiques en lien avec l’usage de drogues (intervention communautaire).
Résultats : 603 UDI d’héroïne (90% d’hommes) ont été recrutés en 3 semaines entre septembre et octobre 2014, dont 24 % consommaient également des métamphétamines (MET) inhalées. 25 % étaient séropositifs pour le VIH et 67 % pour le VHC. Leur âge moyen était de 37 ans. La durée médiane d’injection était de 8 ans (4.0-13.0) et la fréquence moyenne d’injection un jour typique était de 2.7 (1.0) injections. Parmi les sujets séronégatifs ou de statut sérologique inconnu pour le VIH (n=508), 2 sous-populations à haut risque pour le VIH et le VHC ont pu être identifiées : l’une prenant d’importants risques sur le plan sexuel (n=37) constituée majoritairement de femmes
jeunes, injectrices récentes, consommant de l’alcool (binge drinking) et des MET, se prostituant plus souvent et présentant des antécédents de tentative de suicide, et une autre, très à risque sur le plan des pratiques d’injection (n=22), essentiellement masculine, et marginalisée sur le plan administratif (pas de certificat de résidence officiel à Haiphong). Au total, 194 sujets ont pu être évalués à M12 (taux de rétention de 78 %), 9 étaient décédés (4 par SIDA, 2 par suicide, 2 par overdose et 1 de cachexie). Aucun patient n’a séroconverti pour le VIH (incidence VIH entre 0 et 1,8/100 pers-an) mais 19 pour le VHC (incidence 21/100 pers-an ➔ 21.0 [12.7 ;32.8]). L’intervention communautaire a permis à 138 patients d’accéder à un traitement par méthadone et à 21 patients parmi les 51
séropositifs pour le VIH d’accéder à un traitement antirétroviral (11 étaient déjà traités avant l’intervention).
Conclusion : L’intervention communautaire a permis, dans un pays à ressources limitées, de déployer une combinaison d’interventions permettant de prévenir la contamination par le VIH dans un échantillon d’usagers de drogues injecteurs, d’augmenter le dépistage et d’améliorer l’accès aux soins. L’hépatite C reste un enjeu majeur, posant la question du repérage des pratiques à risques, du dépistage précoce et répété et de l’accès au traitement. L’extension de cette intervention à l’échelle de la ville de Hai Phong devrait permettre de réduire l’incidence du VIH à un niveau très bas (<0,5%) dans ce groupe très à risque.

 

Auteur principal
Laurent MICHEL
CESP/Inserm U1018, Centre Pierre Nicole, Paris
laurent.michel@croix-rouge.fr